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Série 1 · Partie 2 · Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique

Le détour par le Bangladesh : les mécanismes qui font tenir une trajectoire

Comment un pays instable, sans richesses naturelles et exposé aux catastrophes a doublé son PIB en dix ans — et ce que cela dit aux pays africains.

Par Spéro MENSAH, Ph.D

Publiée en 11 pages PDF · français

Économie & développement

Sommaire

Synthèse · lecture 4 min

Un pays instable, sans richesses naturelles, exposé aux inondations et aux cyclones, qui a pourtant doublé son PIB et son PIB par habitant en dix ans. Le Bangladesh est retenu précisément parce que son point de départ ressemble à celui de nombreux pays africains.

Pourquoi le Bangladesh dans une série sur l’Afrique

Cette deuxième partie ouvre le Module 3 de la série, consacré à la question : « Y a-t-il un Handbook de recettes assurées ? ». La méthode suit cinq étapes : revue historique des systèmes politiques, revue des ressources naturelles, évaluation des indicateurs de développement, revue des politiques ayant réorienté la trajectoire, analyses et conclusions.

Le postulat est explicite : les conditions initiales comptent, mais « les choix délibérés, les échecs de gouvernance et les trahisons d’une classe dirigeante » sont les premiers responsables de la pauvreté. Le Bangladesh (173 millions d’habitants, PIB de 389,4 milliards USD en 2023, 147 570 km²) en est le contre-exemple.

Une histoire politique qui fait écho à l’Afrique

Indépendant en 1971 après une guerre de libération contre le Pakistan, le pays voit son fondateur Sheikh Mujibur Rahman assassiné le 15 août 1975, puis enchaîne coups d’État et régimes militaires jusqu’en 1990. De 1991 à 2024, la démocratie parlementaire est dominée par la Ligue Awami et le BNP dans un climat de violences et de fraudes électorales. Sous Sheikh Hasina, la répression est systématique (Digital Security Act de 2018 ; plus de 700 cas de disparitions forcées documentés). Les manifestations étudiantes de 2024 provoquent sa fuite et l’installation d’un gouvernement intérimaire dirigé par Muhammad Yunus.

Côté ressources, le tableau est maigre : agriculture à 13 % du PIB et 40 % de l’emploi mais menacée par la salinisation, gaz naturel (243 milliards de m³ de réserves prouvées) en voie d’épuisement, dépendance pétrolière.

Des résultats économiques inattendus

Le Bangladesh a doublé son PIB et son PIB par habitant en dix ans, avec une croissance moyenne de 6 % par an, une inflation inférieure à 9 % et un endettement inférieur à 45 % du PIB. Quinze millions de personnes sont sorties de la pauvreté. La scolarisation primaire atteint 98 % en 2018 avec parité de genre. Depuis les années 1980, la mortalité maternelle a été réduite d’un tiers et la mortalité infantile de moitié.

Cinq facteurs, pas un grand plan

La leçon centrale : cette trajectoire n’est pas le fruit d’un plan stratégique mais de la « conjoncture heureuse » de cinq facteurs. La relative faiblesse de l’État qui n’a pas capturé les initiatives privées (« They stopped doing too much the wrong things »). L’industrie du vêtement, dont les exportations passent de 32 millions USD en 1984 à 34 milliards en 2019 (84 % des exportations, 4,4 millions d’emplois). Des champions nationaux (PRAN-RFL, Beximco, Bashundhara, Walton). Les envois de fonds de la diaspora : de 2 milliards USD en 2000 à environ 20 milliards par an aujourd’hui. Enfin deux ONG, Grameen Bank (96,81 % d’emprunteuses) et BRAC, qui ont placé les femmes au cœur de la réduction de la pauvreté.

Un capitalisme brutal et une alliance à construire

L’auteur refuse tout angélisme : effondrement du Rana Plaza en 2013 (1 138 morts), salaires sous le minimum légal, inégalités croissantes (Gini de 0,458 en 2010 à 0,482 en 2016), 39,88 % des 15-29 ans ni en emploi ni en formation en 2023. La Vision 2041 (extrême pauvreté à 2,55 % et 150 milliards USD d’exportations d’ici 2031) devra s’appuyer sur une Alliance pour un Pacte de Développement inclusif réunissant partis, grandes ONG, secteur privé et syndicats.

Le chaos politique n’annule pas toujours les marges de progrès, quand d’autres forces — privées, communautaires ou extérieures — peuvent efficacement prendre le relais.
— Spéro Mensah, Ph.D

Points clés

  • Sans ressources naturelles et malgré coups d’État et répression, le Bangladesh a doublé son PIB en dix ans à 6 % de croissance annuelle.
  • Le décollage résulte de cinq facteurs conjoints : État faible, industrie du vêtement, champions nationaux, diaspora et ONG — pas d’un plan.
  • Les exportations de prêt-à-porter sont passées de 32 millions USD (1984) à 34 milliards (2019).
  • Grameen Bank et BRAC ont ciblé les femmes, avec des effets sur la fécondité et l’alphabétisation.
  • Le progrès est inégalement partagé : Gini en hausse, 39,88 % de jeunes NEET, Rana Plaza.
  • L’auteur préconise une Alliance pour un Pacte de Développement inclusif associant ONG, secteur privé et syndicats.

Questions fréquentes

Pourquoi étudier le Bangladesh dans une série sur l’Afrique ?

Parce que son point de départ ressemble à celui de nombreux pays africains : instabilité politique, absence de ressources naturelles, exposition aux catastrophes. Il a pourtant doublé son PIB et son PIB par habitant en dix ans.

Quels facteurs expliquent la trajectoire du Bangladesh ?

Cinq facteurs conjoints plutôt qu’un plan : un État relativement faible qui n’a pas capturé l’initiative privée, l’industrie du vêtement (34 milliards USD d’exportations en 2019), des champions nationaux, environ 20 milliards USD par an de transferts de la diaspora, et les ONG Grameen Bank et BRAC.

Quelles sont les limites du modèle bangladais ?

Des conditions de travail très dures (Rana Plaza, 1 138 morts en 2013), des inégalités croissantes (Gini de 0,458 à 0,482 entre 2010 et 2016) et 39,88 % des 15-29 ans ni en emploi ni en formation en 2023.

Dans la même série : « Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique »

  1. Partie 1 — Poser la bonne question
  2. Partie 2 — Le Bangladesh (cette publication)
  3. Partie 3 — Le Burkina Faso
  4. Partie 4 — Le Cabo Verde

Télécharger le document complet (PDF, 11 pages)

Sources principales

Les sources détaillées (données, références et bibliographie) figurent dans le document complet — télécharger le PDF.

Citer cette publication

Spéro MENSAH, Ph.D, « Le détour par le Bangladesh : les mécanismes qui font tenir une trajectoire », MAKEDA Intelligence, Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique, Série 1, partie 2, Cotonou, 2025, https://www.makedaintelligence.com/publications/le-detour-par-le-bangladesh-les-mecanismes-qui-font-tenir-une-trajectoire/

Auteur

Portrait de Dr Spéro MENSAH, Ph.D

Dr Spéro MENSAH, Ph.D

Auteur · Fondateur

Ingénieur et expert des marchés de l’électricité, avec plus de 30 ans d’expérience entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Afrique. Pionnier de la déréglementation aux États-Unis (concepteur d’OASIS, utilisé pour…

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