Série 1 · Partie 1 · Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique
Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique : poser la bonne question
Diagnostic chiffré du sous-développement en Afrique subsaharienne et retour sur l’héritage colonial de 1960, en ouverture d’une série en cinq modules signée Spéro Mensah.
Quelle part de responsabilité les élites africaines portent-elles dans la stagnation du continent ? En ouverture d’une série en cinq modules, Spéro Mensah pose le diagnostic chiffré et remonte aux causes originelles — avant de s’attaquer, dans les volets suivants, à « ce que nous nous sommes faits à nous-mêmes ».
Une série en cinq modules, un parti pris « afro-réaliste »
Ce premier volet fixe le cadre d’une série annoncée en trois parties et cinq modules : diagnostic (Module 1), origines et causes (Module 2), existence ou non d’un « Handbook » de recettes assurées (Module 3), le cas du Bénin du Nouveau Départ (Module 4), et « L’Afrique noire est mal partie mais nous devrons réussir » (Module 5).
Le préambule pose la question directrice : les héritages coloniaux et les rapports de force internationaux expliquent une partie des difficultés, mais ne sauraient masquer les choix délibérés et les échecs de gouvernance d’une classe dirigeante « plus soucieuse de ses intérêts privés que de créer de la richesse pour un meilleur commun ». L’auteur se définit comme afro-réaliste : ni afro-optimiste, ni afro-sceptique.
Module 1 — L’africanisation de la pauvreté
Avec des données de référence 2023-2025, l’auteur documente une « africanisation de la pauvreté » : plus de 400 millions d’Africains vivent dans la pauvreté extrême, et les taux d’extrême pauvreté sont passés sous 10 % partout dans le monde, sauf en Afrique subsaharienne. La lutte contre la pauvreté doit donc être « la mère de tous nos combats ».
Quatre indicateurs structurants sont examinés sur un groupe témoin de pays (Bangladesh, Bénin, Burkina Faso, Cabo Verde, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Mali, Nigeria, Niger, Rwanda) :
Fécondité et mortalité infantile. Il n’existe aucun exemple connu de décollage industriel avec un taux de fécondité supérieur à 3 ; un taux de 2,0 à 2,5 est jugé nécessaire. Si la croissance démographique dépasse la création de richesse, il n’y aura pas de dividende démographique.
Alphabétisation. Plusieurs pays du groupe témoin restent sous 50 %. Sans population instruite, pas d’accès aux métiers de l’économie numérique.
Électricité. Au-delà des 600 millions d’Africains sans accès, l’auteur pointe deux autres déficits : la disponibilité (délestages quotidiens ; au Nigeria, le parc de générateurs diesel dépasse 75 000 MW) et le prix. Viser prématurément l’accès universel est qualifié d’« erreur stratégique grave » : la priorité doit aller à une électricité abondante, fiable et compétitive pour l’industrie.
Internet. Les taux d’accès en 2023 vont de 20 % (Niger) à 75 % (Cabo Verde, Côte d’Ivoire), contre plus de 90 % dans les pays développés — avec des tarifs 2 à 20 fois plus élevés qu’en Union européenne.
Module 2 — « Ce qu’ils nous ont fait »
Le second module remonte aux causes originelles. La traite négrière, sur près de trois siècles, a nourri l’accumulation du capital qui a permis l’industrialisation de l’Europe et de l’Amérique (Eric Williams, Capitalism and Slavery ; Hilary Beckles, Britain’s Black Debt). La colonisation est ensuite caractérisée par cinq traits : partage territorial arbitraire (Berlin, 1885), violence et travail forcé (15 000 à 30 000 morts sur le chemin de fer Congo-Océan), acculturation et ségrégation, déclin démographique, exploitation extractive tournée vers l’exportation.
Le référentiel de 1960 et un « désert de données »
En cherchant un référentiel quantitatif pour 1960, l’auteur constate un désert de données sur près de trois décennies (1960-1990). Les ordres de grandeur retrouvés pour le groupe témoin sont remarquablement homogènes : fécondité entre 6,6 et 7,7 enfants par femme, mortalité infantile entre 150 et 200 pour 1 000 naissances, alphabétisation généralement sous 20 %, moins de 2 % d’enfants scolarisés dans le secondaire.
La colonisation a été très égalitaire et démocratique : elle a systématiquement et également appauvri tous les pays colonisés. — Spéro Mensah, Ph.D
Points clés
Les taux d’extrême pauvreté sont passés sous 10 % partout dans le monde sauf en Afrique subsaharienne, qui concentre plus de 400 millions de pauvres.
Aucun pays n’a réalisé de décollage industriel avec un taux de fécondité supérieur à 3.
L’électricité en Afrique souffre d’un triple déficit : accès, disponibilité, prix.
Les taux d’accès à Internet du groupe témoin (20 % à 75 %) restent loin des 90 % des pays développés.
En 1960, les pays colonisés présentaient des indicateurs uniformément dégradés : fécondité de 6,6 à 7,7, mortalité infantile de 150 à 200 ‰, alphabétisation sous 20 %.
La série distingue « ce qu’ils nous ont fait » de « ce que nous nous sommes faits à nous-mêmes », objet des publications suivantes.
Questions fréquentes
De quoi traite la Partie 1 de la série sur la pauvreté en Afrique ?
Elle pose le diagnostic chiffré du sous-développement en Afrique subsaharienne (fécondité, alphabétisation, électricité, Internet) et remonte aux causes originelles : traite négrière et colonisation. Elle ouvre une série en cinq modules signée Spéro Mensah, Ph.D.
Les taux d’extrême pauvreté sont passés sous 10 % partout dans le monde sauf en Afrique subsaharienne, qui compte plus de 400 millions de personnes en extrême pauvreté. L’auteur y voit l’effet combiné de l’héritage colonial et de choix de gouvernance des élites post-indépendance.
Quel taux de fécondité est compatible avec l’industrialisation ?
Selon l’analyse, aucun pays n’a réalisé de décollage industriel avec un taux de fécondité supérieur à 3 ; un taux de 2,0 à 2,5 enfants par femme est jugé nécessaire.
Dans la même série : « Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique »
Partie 1 — Poser la bonne question (cette publication)
Les sources détaillées (données, références et bibliographie) figurent dans le document complet — télécharger le PDF.
Citer cette publication
Spéro MENSAH, Ph.D, « Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique : poser la bonne question », MAKEDA Intelligence, Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique, Série 1, partie 1, Cotonou, 2025, https://www.makedaintelligence.com/publications/reflexions-sur-la-pauvrete-et-le-sous-developpement-en-afrique-poser-la-bonne-question/
Ingénieur et expert des marchés de l’électricité, avec plus de 30 ans d’expérience entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Afrique. Pionnier de la déréglementation aux États-Unis (concepteur d’OASIS, utilisé pour…
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