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Série 1 · Partie 3 · Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique

Burkina Faso : remonter le courant

De la Haute-Volta coloniale à la junte actuelle : six causes structurelles expliquent pourquoi le pays des Hommes intègres s’est appauvri malgré une croissance moyenne de 5 % par an.

Par Spéro MENSAH, Ph.D

Publiée en 41 pages PDF · français

Pouvoir & gouvernance

Sommaire

Synthèse · lecture 5 min

Une croissance moyenne de 5 % par an depuis dix ans, et un Burkinabè moyen qui s’appauvrit. De la Haute-Volta coloniale à la junte actuelle, Spéro Mensah identifie six causes structurelles d’un sous-développement entretenu — et trois trahisons successives des élites envers leur peuple.

Un héritage colonial calamiteux et une souveraineté sans moyens

Le Burkina Faso (23 millions d’habitants, PIB de 19,7 milliards USD en 2023, 274 220 km²) est un pays sahélien enclavé. Colonie créée en 1919, dissoute en 1932, rétablie en 1947, la Haute-Volta a servi de réservoir de main-d’œuvre pour les plantations ivoiriennes sous le régime des travaux forcés. À l’indépendance du 5 août 1960, le pays hérite d’un taux de pauvreté d’environ 80 %, d’une alphabétisation inférieure à 5 % et d’une mortalité infantile de 150 à 200 pour mille. La métropole conserve le contrôle des revenus externes tout en transférant à l’État local des coûts budgétaires inexistants sous la colonisation — « fondement machiavélique du néocolonialisme ».

Soixante-cinq ans sans passation républicaine du pouvoir

Huit coups d’État militaires depuis 1960, le parti unique de Maurice Yaméogo, les régimes de Lamizana, Zerbo et Ouédraogo, la révolution de Thomas Sankara (1983-1987), les 27 années de Blaise Compaoré (1987-2014), l’insurrection de 2014, le putsch manqué de 2015, puis les deux coups de 2022. Le pays n’a jamais connu de transmission du pouvoir entre deux présidents élus dans le respect du calendrier constitutionnel.

Sankara est crédité de réformes réelles — autosuffisance alimentaire atteinte en 1986, scolarisation passée de 6 % à 24 %, reboisement, transparence — mais ses erreurs sont jugées graves : autoritarisme des CDR, refus non sélectif de l’aide, étatisme sans champion national privé, méconnaissance des rapports de force internationaux. Compaoré, lui, a « gaspillé 27 années de stabilité politique » en verrouillages constitutionnels (1991, 1997, 2000, 2014) plutôt qu’en contrat social de développement.

Une décennie de recul chiffré (2014-2023)

Le PIB a progressé de 56,4 % en dix ans, mais le PIB par habitant de seulement 25,4 % : la démographie a absorbé l’essentiel du progrès. Le ratio entre le PIB par habitant mondial et celui du Burkina Faso, de 14,7 en 2014, est de 14,3 en 2025 — inchangé. La dette publique a doublé, de 27,3 % du PIB (2014) à 55,6 % (2023). Les 20 % les plus riches disposent d’un revenu sept fois supérieur aux 20 % les plus pauvres ; 45,6 % des 15-24 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Environ 5 médecins pour 100 000 habitants ; 5 500 écoles fermées par l’insécurité.

Cinq facteurs conjoncturels, six causes structurelles

Pour expliquer le recul récent : l’insécurité jihadiste (plus de 26 000 morts, plus de 2 millions de déplacés, 50 % du territoire hors contrôle), l’instabilité politique sans plan d’action, le rôle marginal des champions nationaux (10 % du PIB), des transferts de la diaspora (environ 200 milliards FCFA par an) orientés vers la consommation, des ONG concentrées sur l’humanitaire.

Six causes structurelles sont ensuite distinguées : l’héritage colonial, le régime autoritaire perpétué par les élites, l’absence d’alliance et de plan de développement, l’instabilité politique, la faiblesse des acteurs socio-économiques indépendants, et l’insécurité jihadiste — apparue en 2015 comme conséquence des déficiences antérieures et devenue « la mère de tous les problèmes ».

Conclusion : un pays « en voie de sous-développement »

Le verdict tranche avec le cas du Bangladesh : faute de continuité étatique et de sécurité, aucune force privée, communautaire ou extérieure n’a pu prendre le relais. L’auteur appelle à une Conférence nationale inclusive sur la paix et le développement, à une Alliance pour le développement et à un Plan Burkina Faso 2035. La priorité sécuritaire exige une réponse régionale (UEMOA, CEDEAO) et globale, le « tout militaire » ayant montré ses limites.

Il n’y a pas de référence historique connue d’un pays qui s’est développé par hasard : il faut une vision, un plan et une exécution acharnée, laborieuse et sans concession.
— Spéro Mensah, Ph.D

Points clés

  • Malgré 5 % de croissance annuelle, le PIB par habitant n’a progressé que de 25,4 % en dix ans : le Burkinabè moyen s’est appauvri.
  • Huit coups d’État depuis 1960 et jamais deux présidents élus qui se succèdent dans le respect du calendrier constitutionnel.
  • L’insurrection jihadiste, apparue en 2015, résulte de défaillances antérieures de l’État et est devenue la cause dominante de la pauvreté.
  • Sankara a posé un diagnostic pertinent ; son autoritarisme et sa méconnaissance des rapports de force ont précipité son échec.
  • Les 27 années de Compaoré ont été consacrées au maintien au pouvoir, la dette extérieure multipliée par 2,5.
  • La sortie de crise exige une réponse régionale intégrée : développement rural, justice sociale, dialogue communautaire, action militaire coordonnée.

Questions fréquentes

Pourquoi le Burkina Faso s’est-il appauvri malgré la croissance ?

Le PIB a progressé de 56,4 % en dix ans, mais le PIB par habitant de seulement 25,4 % : la croissance démographique a absorbé l’essentiel du progrès, tandis que la dette publique doublait (de 27,3 % à 55,6 % du PIB entre 2014 et 2023).

Combien de coups d’État le Burkina Faso a-t-il connus ?

Huit coups d’État militaires depuis 1960 ; le pays n’a jamais connu de transmission du pouvoir entre deux présidents élus dans le respect du calendrier constitutionnel.

Quelles sont les causes structurelles identifiées ?

Six causes : l’héritage colonial, le régime autoritaire perpétué par les élites, l’absence d’alliance et de plan de développement, l’instabilité politique, la faiblesse des acteurs socio-économiques indépendants et l’insécurité jihadiste apparue en 2015.

Dans la même série : « Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique »

  1. Partie 1 — Poser la bonne question
  2. Partie 2 — Le Bangladesh
  3. Partie 3 — Le Burkina Faso (cette publication)
  4. Partie 4 — Le Cabo Verde

Télécharger le document complet (PDF, 41 pages)

Sources principales

Les sources détaillées (données, références et bibliographie) figurent dans le document complet — télécharger le PDF.

Citer cette publication

Spéro MENSAH, Ph.D, « Burkina Faso : remonter le courant », MAKEDA Intelligence, Réflexions sur la pauvreté et le sous-développement en Afrique, Série 1, partie 3, Cotonou, 2025, https://www.makedaintelligence.com/publications/burkina-faso-remonter-le-courant/

Auteur

Portrait de Dr Spéro MENSAH, Ph.D

Dr Spéro MENSAH, Ph.D

Auteur · Fondateur

Ingénieur et expert des marchés de l’électricité, avec plus de 30 ans d’expérience entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Afrique. Pionnier de la déréglementation aux États-Unis (concepteur d’OASIS, utilisé pour…

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